Anatomie du désir

Création août 2022

Boris Gibé / Compagnie Les Choses de Rien


Dans un premier temps, les spectateurs sont installés dans le noir le temps d’un festin au premier étage d’une étrange architecture : « Il Kiosko ». Les plats y sont dégustés à l’aveugle. Une expérience toute particulière qui sensibilise tous nos sens au spectacle qui va commencer. Le prélude jouera sur nos troubles perceptifs, l’apparition progressive de la lumière à son intensité la plus infime nous laissant ensuite voir ce qui ne peut être vu qu’après une telle expérience. Ce vide originel laissera place à la reconstitution d’un bigbang cosmologique miniature qui dans un ballet de particules phosphorescentes en apesanteur nous mènera à revivre la création du cosmos.
Puis au centre de la pièce apparaît un corps de cire nu, allongé, blanchâtre, désincarné : Vénus, déesse de l'amour, de la beauté et de la fertilité. Proie fatale, chair désirée, immaculée, magnifiée. Etrange objet du désir qui transgresse les saveurs du goût, quand cette expérience totale des sens nous fait revisiter le corps anatomique comme un espace imaginaire à réinvestir en chacun de nous.

De l’appétissant au charnel et du charnel à l’étrange, les registres glissent du corps céleste au corps anatomique. On ne sait plus si on assiste à la remémoration d’un mythe, à une veillée funèbre, à un rituel religieux, une séance de dissection, un freak show de prothèses ou à un festin cannibale. L‘audience attablée devient un théâtre anatomique surréaliste où les organes font leur striptease, manipulés par des baguettes depuis la cuisine du dessous. Une fantasmagorie culinaire qui dévore le mythe de Vénus.

Boris Gibé, auteur

La puissance d'évocation et le mystère concentrés dans les Venus anatomiques ne peuvent se comprendre hors du système de pensée de la Renaissance, et du lien étroit qu'entretiennent alors les sciences avec le divin. Etudier le corps sublime de la Vénus, c'est alors marcher dans les pas de Dieu, et la partie valant pour le tout, traverser un corps pour accéder à l'universel.
Comprendre l'anatomie, c'est donc s'ouvrir les mystères de l'univers. Et c'est à mes yeux l'un des enjeux essentiels du projet : à travers la réactivation des figures de l'analogie de la Renaissance, ouvrir un espace poétique de nature à révéler les angles laissés morts par les sciences analytiques modernes. Aussi je pense que nous devons nous garder de toute littéralité avec cet objet, et l’écueil principal consisterait à s'y engager avec des intentions pédagogiques. Ce que nous voyons dans les Vénus, ce ne sont en effet pas des assemblages d'organes, mais toute une série de mouvements étroitement liés à la mécanique céleste. Gravitation, vortex, explosions lentes des masses déliées du corps, spirales des intestins s'étirant en filaments semblables à des réseaux d'hydrogènes galactiques ...
Le corps de la Vénus n'est pas une planche anatomique. Il est plus proche d'une capsule spatiale, d'une machine à dilater l'espace et le temps en une multitude de constellations. Le corps de la Vénus nous vient également du monde d'avant la partition des règnes. Elle est tout à la fois plante, minéral, espace, organisés en une multitude de diagrammes rythmiques synchronisés. Le point de convergence de toutes les analogies. Son intérieur est un paysage, animé de mouvements permanents, sa peau une atmosphère sous laquelle évoluent des climats, ses yeux des lunes dont les paupières scandent des rythmes cycliques. Le corps de la Vénus nous raconte l'histoire de l'univers.

Nicolas Darrot, plasticien et collaborateur artistique

 

Tacitement, les Venus Anatomiques créaient un lien entre le corps humain et un cosmos divin imaginaire, entre l'art et la science et entre la femme qui met au monde et l’homme qui avait besoin de la figer en objet pour mieux la sublimer. L’assignation sociale de la femme dans la sublimation morbide du regard de l’homme est l’une des lignes que nous souhaitons interroger. Mais surtout comment ces lignes ont-elles bougé aujourd'hui ?
Entre romantisme absolu, poésie et réalisme trash, bousculer l’endroit du fantasme et questionner celui de la liberté de la femme avant "la fonction", c’est-à-dire l’être humain avant le sexe.

Elsa Dourdet, dramaturge et regard extérieur

 

Equipe :

• Boris Gibé – conception

• Elsa Dourdet – regard drmaturge

• Nicolas Darrot – collaboration artistique, moulage et accessoire

• Jeanne Mordoj – collaboration artistique
• Clara Gay-Bellile & Charles Bédin – architecture et scénographie
• Quentin Alart – ingénierie structurelle, direction technique
• Olivier Pfeiffer – réalisation sonore - régie technique
• Sandrine Rozier – costumes, confection textile
• Molly Gruey et Ranka Piffoux – cuisinières - manipulatrices
• Interprète, réalisateur lumière – distribution en cours


Production :

Premières prévues en août 2022 pour Kaunas, capitale européenne de la culture

• Production : Les Choses de Rien • Coproductions : L’Espace Jean Legendre –
Compiègne, recherche d’autres coproductions en cours. • Accueils en résidence : La Fabrique des possibles – Noailles (60), Le château de Monthelon – Montréal (89), Faculté de médecine de Montpellier (34), recherche d’autres accueils en résidence en cours.

 

© Florence Delahaye

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